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Un certain vide juridique continue d’entourer la question de
l’utilisation d’Internet à des fins personnelles au sein des
locaux de l’entreprise.
La généralisation de l’accès à Internet dans l’entreprise a
pour conséquence qu’il devient de plus en plus facile de faire
autre chose que de travailler. Nombreuses sont les dérives
potentielles qu’il est nécessaire de prévenir : navigation
prolongée sans rapport avec la mission de l’employé, connexion à
des réseaux privés, conversations en ligne, téléchargement de
fichiers illicites, animation d’un blog personnel, …
Face à ces abus potentiels, les entreprises cherchent
légitimement à encadrer l’utilisation d’Internet et à sanctionner
les abus. Les salariés de leur côté font valoir leur droit à
l’utilisation raisonnable d’Internet pour rester en contact avec
leur famille et leurs amis.
Ce conflit latent découle de l’importance croissante que prend
le réseau dans nos existences tant personnelles que
professionnelles. Il n’est pas sans évoquer des questions de même
nature qui s’étaient posées concernant l’utilisation du téléphone
à des fins personnelles.
Sur un plan légal, s’il n’existe pas de lois spécifiques
régissant cet aspect de l’activité professionnelle, on observe à
contrario un accroissement des jugements qui commencent à définir
des principes généraux susceptibles de faire jurisprudence. Ces
principes s’articulent autour du nécessaire respect de la vie
privée ainsi que sur une autorisation implicite à l’utilisation
d’Internet à des fins personnelles tant que la productivité n’est
pas affectée ou que l’entreprise n’est pas mise en cause par son
collaborateur.
Quelques réponses à des questions courantes :
L’interdiction totale de l’usage d’Internet est-elle possible ?

Tout salarié a droit à une vie privée sur le lieu de travail et
de même qu’il a le droit de passer des appels personnels, il peut
également envoyer un email, ...
Même s’il n’existe pas de texte de loi sur cette question, en
cas de litige devant les tribunaux l’interdiction totale pourrait
être confrontée au droit à la vie privée et apparaitre comme
disproportionnée.
Peut-on envoyer des emails personnels depuis sa boite
professionnelle ?

D’après un avis de la CNIL, cette pratique se doit d’être
tolérée tant que les volumes restent raisonnables. A contrario,
une affaire de ce type a vu un licenciement pour usage abusif
confirmé en prud’hommes. Le salarié incriminé se voyait reprocher
d’avoir envoyé plus de 150 messages personnels sur une période de
deux mois.
L’employeur a-t-il le droit de prendre connaissance d’un
courriel personnel ?
La réponse est non à priori, sauf en cas d’urgence
professionnelle. Cette pratique est passible de poursuites pour
l’employeur en raison d’une rupture de l’obligation de
confidentialité. La cour de cassation et la jurisprudence
considèrent que le secret de la correspondance est primordial.
Ceci étant, il peut être opportun d’indiquer la mention
« personnel » sur un email pour en interdire la consultation par
l’entreprise.
Existe-t-il une tolérance pour la navigation personnelle ?
Dans ce domaine, l’employeur dispose d’une complète liberté
d’appréciation. Toute navigation personnelle est prise sur du
temps de travail rémunéré. Le risque est réel d’une perte de
productivité si l’employé est connecté à Facebook en permanence
par exemple. La jurisprudence fait état de plusieurs licenciements
pour ces motifs.
Une entreprise est-elle autorisée bloquer l’accès à certains
sites ?

En l’existence d’une charte informatique ou d’un règlement
intérieure précisant ces points, une entreprise est fondée à
bloquer l’accès à certains sites de son choix (Youtube, ..),
réseaux sociaux compris.
Le stockage de données personnelles sur son PC de travail
est-il autorisé ?
Selon un arrêt récent de la cour de cassation, tout document
non présenté comme personnel est présumé professionnel.
L’employeur peut donc les ouvrir, d’où la nécessité de mentionner
le caractère personnel d’un dossier dans lequel des données
privées seraient stockées. Attention au volume de ces données qui
peut entrainer des sanctions s’ils devient trop important.
L’entreprise est-elle autorisée à surveiller les sites visités
par ses salariés ?
Jusqu’à une date récente, la mise en place d’un système de
collecte des données de navigation (journaux de connections,
durées de visite de certains sites, …) nécessitait obligatoirement
une information individuelle ainsi qu’une information par le biais
du comité d’entreprise.
Un arrêt récent de la cour de cassation stipule que les
connections Internet ont un caractère professionnel à priori, ce
qui autorise leur suivi en dehors de la présence ou du
consentement de l’intéressé. L’historique des connexions
pourra donc être utilisé en tant que preuve pour justifier d’une
sanction.
Le téléchargement personnel au bureau est-il autorisé ?

En cas de téléchargement illicite, il existe un risque
juridique pour l’employeur, risque d’autant plus réel que les
dispositifs de surveillance accompagnant la loi Hadopi vont
bientôt entrer en action ...
Les conséquences en sont une exposition pénale de l’employeur,
de la direction des systèmes d’information, un risque potentiel de
coupure de l’internet, …
Pour toutes ces raisons, l’entreprise est en droit d’interdire
cette pratique.
Existe-t'il des limites concernant l’expression d’un
collaborateur sur les réseaux publics ?
Il existe un certain nombre d’exemple d’employés licenciés pour
avoir publiquement dénigré leur entreprise. Dans le cas de
publication de contenu sur un réseau social de type Facebook,
cette pratique est admise tant que le contenu publié est
exclusivement réservé à des personnes autorisées. Elle devient
répréhensible en cas de publication ouverte à tous.
La responsabilité de l’employeur peut-elle être engagée par les
pratiques de ses collaborateurs ?

La réponse est clairement positive comme évoqué plus haut. La
responsabilité civile de l’employeur est engagée en cas de
téléchargement illicite de fichiers protégés. Elle peut l’être
également en cas de publication de propos diffamatoires, de
transmission d’images à caractère pédophile, …
Comment limiter les débordements potentiels ?
Il est de l’intérêt de tous de préserver un espace de liberté
permettant de concilier les obligations d’une vie personnelle avec
les impératifs de productivité.
En complément à la mise en place de dispositifs techniques
(pare-feu bloquant certains sites, filtrage des protocoles, …) la
meilleure solution consiste dans la réalisation et la
communication d’une charte de l’entreprise définissant les règles
et usages tolérés dans cette matière.
Cette charte précisera par exemple les conditions d’une
navigation personnelle autorisée, les règles de l’utilisation de
la messagerie, du téléchargement …
Cette charte existant dans un certain nombre d’entreprises,
il est nécessaire de la réviser périodiquement pour prendre en
compte l’évolution rapide des usages. A titre d’exemple, les
réseaux sociaux ou Twitter ne se sont généralisés que récemment et
sont sans doute absents des chartes rédigées deux ans plus tôt.
D’une façon générale, la réalisation d’une charte ou sa mise à
jour représente une opportunité de communiquer et de préciser ce
qui est licite en le distinguant de ce qui ne l’est pas, d’évoquer
les atteintes à l’image de l’entreprise liées à certaines
pratiques, de motiver les sanctions éventuelles et enfin de
chercher un juste équilibre entre des aspirations par essence
contradictoires.
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